Alyah : Aller simple pour la terre promise pour beaucoup de Français et de Marseillais, que fait la France pour les retenir ?

Publié le par sarealnews

Auriane et Esther ont choisi de faire leurs études près de Tel Aviv (Photo C.Ms.)
Auriane et Esther ont choisi de faire leurs études près de Tel Aviv (Photo C.Ms.)

2014 sera une année record pour le départ des juifs de Marseille vers Israël

Serge et Josiane ont passé la soixantaine. Ils viennent d'arriver à Tel Aviv, en provenance de Marseille, pour des vacances en Israël. Des longues vacances en fait. Plusieurs semaines, ils évoquent de revenir en France en décembre, pour passer les fêtes de fin d'année avec leurs trois enfants. Pas avant. Ils ont loué un appartement à l'année à Netanya, à 30 km au nord de Tel Aviv, "c'est moins cher, explique Josiane, autour de 800 euros par mois. Autrement, le loyer peut varier du simple au double selon la saison".

Au cours de ces prochaines semaines, ils vont faire les touristes. Visiter les sites historiques et culturels de Jérusalem, la Mer morte, aller à la plage... Pourtant à Marseille, ils habitent les quartiers Sud, plutôt agréables. "On aime Israël", déclare Serge, ce qui ne veut pas dire qu'il n'aime pas la France, loin de là. Pourtant ces seniors n'excluent pas de rester plus longtemps dans le pays. "C'est venu naturellement et facilement. On regarde surtout dans quel quartier on aimerait habiter", ajoute l'ancien agent commercial à la retraite. Ayant une famille nombreuse en Israël, ils ont toutes les raisons d'y rester. Ils apprennent l'hébreu et font des allers-retours avec Marseille depuis 6 mois. (...)

Cet Alya concernait également beaucoup moins, jusqu'à récemment, les jeunes, fraîchement diplômés ou sur le point de faire des études. C'est le cas d'Auriane et Esther, deux brunettes de 18 ans. Avec leur baccalauréat en poche, S pour l'une, ES pour la seconde, elles viennent de commencer une prépa leur donnant droit de rentrer à l'université, dans la banlieue de Tel Aviv. "Nous sommes là pour nos études", sourient-elles, l'une veut devenir architecte, l'autre faire du business, mais la suite laisse peu de place au mystère. "J'aurais pu aller à Londres ou aux États Unis", dit Esther.

Auriane est sûre d'elle. Elle restera en Israël. "En France, les universités ne m'ont pas plu, et puis le pays n'offre pas les possibilités qu'on a ici. Combien de jeunes qui ont bac + 5 ou 6 se retrouvent sans boulot ? Israël, c'est la start-up du monde, rappelle-t-elle. Le pays de toutes les opportunités." Elles commencent à apprendre l'hébreu, nécessaire pour travailler. "Les parents sont fiers de nous, affirment-elles. Ils nous poussent. Pour eux, les enfants n'ont plus de place en France."

Les raisons économiques sont loin d'être seules en cause. L'antisémitisme grandissant prend la première place. "Non seulement on ne peut plus porter de signes distinctifs dans la rue, mais nos écoles doivent être gardées et on n'est pas à l'abri d'agressions." Esther dit en avoir fait elle-même l'objet. Elle évoque aussi l'affaire Ilan Halimi, séquestré et assassiné en 2006, la tuerie de l'école juive de Toulouse en 2012 et plus récemment Dieudonné. "L'insécurité ici, même si on médiatise la guerre, n'a rien à voir avec la France. Cette semaine je suis allée en boite, en rentrant je n'avais pas peur. La différence, c'est qu'ici il y a l'entraide, la solidarité."

En Israël, elles ont aussi des attaches. Une famille. Elles y ont passé des vacances et fait récemment un stage bénévole dans l'armée à repeindre des véhicules. "C'est le pays où je me sens le mieux, le plus en sécurité", affirme Auriane. "Jamais, je ne mettrai mes capacités au service de la France", finit assez durement Esther.

Panier de l'intégration

Ce discours, des milliers de jeunes Français juifs le tiennent. En témoigne la Masa, l'organisme qui met en place des projets pour aider ces jeunes, 1 700 étudiants en 2014 dans le monde, 70 pays entrent dans ce programme. 600 jeunes Français sont arrivés en septembre en Israël pour 8 mois au moins. "Il y a 10 ans on comptait 2 000 arrivées par an en provenance de France", selon le ministère de l'Alya et de l'intégration. Leur nombre a fortement progressé en 2013 pour arriver cette année à près de 6 000 personnes qui vont faire leur Alya cette année, autour de 700 Marseillais.

On ne connaît pas les chiffres concernant les retours en France, moins nombreux certes, mais qui existent. À leur arrivée en Israël les familles bénéficient d'une aide financière, le "panier de l'intégration", mais qui n'a qu'un temps. Les loyers sont chers, alors elles s'installent plus facilement dans les villes nouvelles comme Netanya, Ashkelon ou Ashdod. Certaines seront ou sont déjà obligées de faire leur yérida (retour en France) bercées par un idéal sioniste ou religieux mais qui n'avaient pas vu les difficultés à s'intégrer ou trouver du travail. Pour des salaires bien inférieurs à la France.

En attendant, c'est à l'aller simple pour la terre promise auquel beaucoup de Français et de Marseillais pensent. Que fait la France pour les retenir ?

La Provence.com

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